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Une ancienne salariée de la Poste britannique, institution au coeur du scandale des responsables d'agences poursuivis à tort pour vol, entend défendre ses collègues en défiant dans les urnes une figure de la politique du Royaume-Uni.
Yvonne Tracey, arrière-grand-mère de 68 ans, veut se présenter lors des prochaines législatives contre Ed Davey, le chef du parti Libéral-démocrate (centriste), troisième parti politique britannique - derrière les mastodontes conservateur et travailliste.
Alors que l'indignation a pris un nouveau tour au Royaume-Uni avec la diffusion fin janvier d'une série consacrée au scandale, le député se trouve aujourd'hui dans la tourmente. Il était secrétaire d'Etat chargé de superviser le Post Office entre 2010 et 2012.
En 2010, il a refusé de rencontrer un ancien responsable de bureau de poste, fer de lance dans la dénonciation de l'affaire.
L'ancien secrétaire d'Etat s'est défendu en assurant que les responsables du Post Office lui avaient menti au sujet du logiciel Horizon, aujourd'hui reconnu comme à l'origine des erreurs comptables qui ont valu à des centaines de responsables de bureaux d'être poursuivis et condamnés.
"Je regrette profondément que l'on m'ait menti à ce point", s'est-il défendu, se disant écoeuré d'avoir été ainsi leurré.
Mais pour Yvonne Tracey, cela "dépasse l'entendement" qu'Ed Davey, qui a fini par rencontrer les responsables d'agence, n'ait pas découvert que quelque chose n'allait pas s'il avait sérieusement regardé ce qui se passait.
"Il dit qu'on lui a menti, pour moi ce n'est pas assez", déclare la sexagénaire à l'AFP. "Voyons les questions qu'il a posées et les réponses qu'il a eues pour se dire qu'il n'y n'avait pas de problème", lance-t-elle.
- "Fais quelque chose" -
Entre 1999 et 2015, plus de 700 responsables de bureaux de poste ont été condamnés à tort pour vol ou falsification de comptes en raison de problèmes dans le logiciel.
Des vies ont été détruites, certains ont été emprisonnés, beaucoup ont été ruinés. Quatre se sont suicidés.
La diffusion début janvier de la série "M. Bates contre le Post Office", qui raconte le scandale, a saisi l'opinion.
Elle a fait enrager Yvonne Tracey, ancienne assistante dans un bureau de poste de Londres, au point de ne pas avoir pu en dormir.
"Je n'arrêtais pas de réveiller mon mari, et en fin de compte il m'a dit: +OK, fais quelque chose alors+", raconte-t-elle.
"Je ne fais pas ça pour devenir responsable politique, parce que je ne suis pas une responsable politique, mais c'est pour que ça reste dans l'oeil du public et que ça continue jusqu'à ce que les gens obtiennent justice", dit-elle.
Depuis qu'elle a annoncé son intention de se présenter lors des législatives attendues cette année dans la circonscription de M. Davey, Yvonne Tracey a, dit-elle, été inondée de soutiens et de propositions pour l'aider dans sa campagne.
"Le retour que j'ai, c'est que plus personne n'écoute", relate-t-elle. "On me remercie pour parler pour les petites gens. Les gens ont l'impression qu'on s'en fiche d'eux et ils sont très en colère".
- Confiance perdue -
Patrick Spence, le producteur de la série, a fait part de son sentiment que celle-ci a touché au coeur le sentiment de rage de n'être pas écouté par les grandes entreprises et les politiques.
"Ils ont vu à quel point les gens ont souffert et vu que personne n'a été tenu pour responsable ou été poursuivi et pensent que c'est scandaleux", a-t-il dit. "Le pays a dit trop, c'est trop".
Le scandale reste au coeur de l'attention. Une enquête publique est actuellement en cours, notamment pour déterminer qui chez Fujitsu, le créateur japonais du logiciel, et au Post Office savait qu'Horizon était défectueux alors même que des responsables de bureaux de poste étaient poursuivis.
Le Premier ministre Rishi Sunak a estimé qu'il s'agissait de l'une des pires erreurs judiciaires jamais connue par le Royaume-Uni, et promis une loi pour que les postiers accusés à tort soient rapidement innocentés et indemnisés.
Yvonne Tracey, elle, reste déterminée, aussi intimidant soit-il d'affronter Ed Davey, qui est député quasi sans interruption depuis 1997. "C'est un gros morceau, c'est effrayant", "mais les choses doivent changer".





















