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L’Europe semble vulnérable en matière de défense : une armée commune à tous les États membres pourrait-elle bientôt voir le jour ?

Par RTL info avec Charlotte Simonart et Thomas Decupère
La guerre en Ukraine a mis en évidence la vulnérabilité de l’Europe en matière de défense, ainsi que sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. Certains craignent que l’OTAN ne suffise plus à l’avenir pour assurer sa sécurité. Mais alors, pourquoi l’Union européenne ne se dote-t-elle pas de sa propre armée ?

La raison de l’inexistence de cette armée est avant tout d’ordre politique. Constituer une armée européenne exigerait un commandement européen, et donc une décision qui serait prise à un niveau supérieur aux États. Ces derniers devraient ainsi renoncer à leur souveraineté en la matière.

Qui dit armée, dit commandement militaire au sommet de l’Union européenne, à un niveau bien au-dessus de celui des États membres. Ces derniers renonceraient alors à l’une de leurs compétences régaliennes : la défense.

« Pour qu’il y ait une armée européenne, il faudrait une aptitude à décider, un commandement. Ça commence comme ça. Qui donne des ordres ? Cette question est politique et supposerait une sorte de saut supranational qu’aucun chef d’État ou de gouvernement n’est capable de proposer pour l’instant à son peuple, compte tenu de la résurgence des forces nationalistes », explique Frédéric Mauro, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des questions de défense européenne.

La concurrence, une raison économique

Mais il y a également une raison économique, puisque l’Union européenne voudrait harmoniser son équipement militaire et mettrait ainsi en concurrence les grands industriels européens du secteur. Pour une armée unifiée, il faut en effet un équipement militaire commun.

Or ceci signifie que les industriels européens de l’armement se feraient concurrence, et cela pose problème selon Christophe Wasinski, professeur en sciences politiques à l’ULB : « Certains industriels seraient privilégiés au détriment d’autres et les industries sont protégées et soutenues par les États européens qui veillent à ce que ces industries continuent à exister et à produire, pour des raisons économiques notamment. »

« Ils sont dans une relation privilégiée avec leur État et ont persuadé leur État, à tort ou à raison, qu’ils sont les instruments de leur souveraineté. Et donc ces industriels ne veulent pas s’ouvrir à la concurrence », ajoute Frédéric Mauro.

Une méfiance sur le plan stratégique

Et puis enfin, il y a une raison stratégique. Certains États craignent, en franchissant le pas d’une armée européenne et donc en confiant leur destin à d’autres pays, de perdre le contrôle de la guerre. Une situation inconfortable que Frédéric Mauro explique : « C’est-à-dire tout simplement la peur de perdre le contrôle, de ne plus pouvoir décider d’entrer en guerre, d’en sortir, et de la conduire. Et ça, ça tétanise tous les décideurs politiques. »

« De telles décisions peuvent avoir comme conséquence la mort de soldats ou de populations, et il est assez naturel que les responsables politiques tiennent à gérer ça eux-mêmes et ne pas laisser gérer ces compétences par d’autres États », poursuit Christophe Wasinski.

À défaut de se doter d’une armée unifiée, l’Union européenne investit massivement dans son industrie de la défense. Elle cherche à tout prix à réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, d’où elle importe encore 60 % de son matériel militaire.

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