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Un diadème porté « presque tous les jours » par l’impératrice Eugénie, des compositions spectaculaires invendables en l’état : cinq choses à savoir sur les huit bijoux historiques inestimables dérobés lors d’un casse expéditif dimanche au musée du Louvre.
Illustres propriétaires
Les pièces volées ont traversé deux siècles d’histoire et furent la propriété de souveraines et impératrices majeures de France.
Le diadème de perles d’Eugénie a été exécuté par le célèbre joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnier peu après le mariage de l’impératrice avec Napoléon III, en 1853, tout comme sa couronne, également volée mais abandonnée dans leur fuite par les malfaiteurs.
« Ce diadème, c’est celui qu’elle portait quasiment tous les jours à la cour et qu’on trouve sur ses portraits officiels. Elle y tenait beaucoup », précise à l’AFP Pierre Branda, historien et directeur scientifique de la Fondation Napoléon.
Le collier et les boucles d’oreilles qui composent la parure de saphirs furent portée par la reine Marie-Amélie (épouse de Louis-Philippe Ier, roi des Français de 1830 à 1848) et la reine Hortense (mère de Napoléon III).
Selon Vincent Meylan, historien spécialiste des bijoux, la reine Hortense tenait cette parure de sa mère, l’impératrice Joséphine, première épouse de Napoléon Ier. Certains spécialistes affirment également qu’elle proviendrait de la reine Marie-Antoinette.
« Ça fait vraiment partie de l’histoire de France », souligne Vincent Meylan.
Le collier et la paire de boucles d’oreilles en émeraudes étaient un cadeau de mariage de Napoléon Ier à sa seconde épouse, l’impératrice Marie-Louise, réalisé par son bijoutier officiel, François-Régnault Nitot.
Oeuvres exceptionnelles
Outre leurs illustres propriétaires, ces bijoux avaient toute leur place au musée car ce sont des « oeuvres artistiques exceptionnelles », estime Didier Rykner, directeur de la rédaction du site La Tribune de l’Art.
Réalisés par les grands joailliers de l’époque, comme Nitot, Lemonnier ou encore Paul-Alfred Bapst, ces bijoux combinent diamants, perles et pierres précieuses pour créer des compositions spectaculaires.
La broche dite « reliquaire » de l’impératrice Eugénie, montée en 1855 par Bapst, se compose par exemple de 94 diamants, dont une rosace de sept diamants autour d’un solitaire central que forment deux diamants en forme de coeur légués par le cardinal Mazarin à Louis XIV.
Le diadème de l’impératrice Eugénie compte près de 2.000 diamants et plus de 200 perles. Le collier en saphir est composé de huit pierres précieuses bleu nuit et 631 diamants, tandis que le collier en émeraudes en compte 32 et 1.138 diamants, indique Le Louvre sur son site.
Des acquisitions relativement récentes
Malgré leur ancienneté, la plupart de ces bijoux ont rejoint le Louvre au cours des dernières décennies.
Sur les huit objets volés, sept ont été acquis sur le marché depuis 1985, dont deux qui avaient été vendus lors de la vente de 1887 des Joyaux de la Couronne.
La parure d’émeraudes a été acquise en 2004 grâce au fonds du Patrimoine et à la Société des Amis du Louvre.
Le collier de saphirs de Marie-Amélie a été acquis en 1985, tandis que le diadème de l’impératrice Eugénie et son grand noeud de corsage ont été acquis en 1992 et 2008.
Invendables en l’état
Des bijoux à la « valeur patrimoniale inestimable » assure le ministère de la Culture. « C’est inestimable sur le plan du patrimoine. En revanche, ils sont parfaitement estimables sur le prix », relève Didier Rykner.
Vendus récemment, leur prix est parfaitement documenté, mais pas rendu public.
« Le vrai terme, c’est invendable », précise Vincent Meylan. En effet, revendre de tels bijoux répertoriés et parfaitement identifiés en l’état est impossible, précise-t-il.
Risque de dépeçage
Dans ce contexte, les experts alertent sur le risque de dépeçage de ces pièces historiques, dont les pierres et perles seraient desserties et remontées pour faire d’autres bijoux.
« Si on ne retrouve pas ces bijoux très vite, ils vont disparaître, c’est sûr », s’inquiète Vincent Meylan.
« C’est là où le trésor devient inestimable. On risque de perdre des morceaux de l’histoire de France », abonde Pierre Branda.


















