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« On m’a toujours dit que la brique était un bon investissement… » : des habitants de l’immeuble inhabitable de Couillet pourraient faire valoir un vice caché

par Justine Roldan Perez et Gaëtan Lillon
Fin novembre, 32 habitants d’un immeuble à Couillet (Charleroi) étaient forcés d’évacuer en urgence en raison d’un risque d’effondrement. Plus de deux mois plus tard, les travaux promis par le syndic n’ont toujours pas commencé. Les copropriétaires ont donc décidé de reprendre la main sur le dossier. Mais certains ayant récemment acheté un appartement dans l’immeuble s’interrogent. Selon un avocat, une action pour vice caché est envisageable.

Des problèmes d’instabilité ont été mis au jour à la suite de travaux entamés dans l’immeuble de Couillet par un des habitants, qui a découvert d’importantes fissures dans la structure des derniers étages du bâtiment. « En sondant, ils ont mis à nu les colonnes et ils ont aperçu les fissures et les barres de structures qui étaient toutes rouillées, donc on a peur », nous confiait Ameline.

Verdict : le bâtiment, qui date des années 50, présente un risque d’effondrement et le 19 novembre 2025, les 32 habitants de l’immeuble devaient évacuer en urgence. « Ma famille va me reprendre pour quelques jours, ce n’est pas ça, mais ce n’est pas une solution viable, ça va durer combien de temps ? », se demandait alors une des habitantes.

À l’époque, le syndic promettait des travaux de sécurisation de l’immeuble et un retour des habitants sous deux mois. Mais le délai est aujourd’hui dépassé et les travaux n’ont toujours pas commencé. « Quand je vois ce qui est fait avec les différents entrepreneurs, ce qui est pris comme mesure, je me dis qu’on ne va pas s’en sortir », s’inquiète Luc Philippart, un des copropriétaires.

Un néosyndic créé pour accélérer le début des travaux

Estimant le syndic trop lent, ceux-ci ont décidé de se débrouiller sans. « On a estimé lors de l’AG que si un copropriétaire prenait un peu les choses en main, ça permettrait d’accélérer un peu le processus pour pouvoir rentrer chez nous le plus vite possible. Il y a évidemment une question de coût puisque le néosyndic a proposé, en ma personne, de le faire à titre gratuit », explique Daniele Bognanno, néosyndic de l’immeuble et propriétaire depuis plus de 20 ans d’un commerce au rez-de-chaussée.

Des travaux pourraient débuter prochainement : c’est en tout cas l’objectif affiché. Le but est de sécuriser l’immeuble avec des étançons et des filets, avant d’effectuer des tests de carbonatation. Coût estimé : 250.000 euros, dont environ 6.000 euros par copropriétaire. Une première étape. « On devrait pouvoir assumer au minimum la sécurisation, ce qui est, on va dire, obligatoire, parce que ça, on ne peut pas faire autrement. Et on examinera les coûts des travaux dans un deuxième temps », détaille Daniele Bognanno.

« On m’a toujours dit que la brique était un bon investissement et voilà, là je me retrouve pris au dépourvu, tous mes projets sont à l’arrêt. Ici, j’ai pu prendre des dispositions, mais voilà, s’il y a encore des complications, je ne sais pas comment je pourrais y faire face malheureusement », confie Luc Philippart, qui y avait acheté son appartement en 2022 mais qui a dû retourner provisoirement vivre chez ses parents.

La Ville de Charleroi s’impatiente

Autre impact : la circulation. Après avoir pris un arrêté pour évacuer la tour et imposer des travaux, la Ville a aussi sécurisé les lieux. Impossible de circuler à l’arrière du bâtiment. À l’avant, des barrières ont aussi été installées. Le bourgmestre estime qu’il y a urgence d’agir. « Si, à un moment, les travaux tardaient trop, on pourrait prendre des mesures d’office pour sécuriser le site et faire passer la facture dans un deuxième temps aux occupants. Mais on veut éviter ça tant qu’il y a une possibilité de trouver une solution avec le syndic et les occupants actuels », explique le bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine (PS).

Les propriétaires espèrent désormais un début des travaux dans les prochaines semaines. Un devis est à l’étude. Un expert devra ensuite déterminer si l’immeuble peut à nouveau être habité.

En attendant, c’est la débrouille. Daniele Bognanno a pu louer une surface commerciale un peu plus loin pour sauver son commerce. « Avec l’affichage, disons que les gens font l’effort de faire encore 50 mètres, mais c’est compliqué à gérer en termes de logistique, en termes commerciaux. On a quand même une baisse du chiffre d’affaires assez conséquente, donc ce n’est pas simple », ajoute-t-il.

Trompés au moment de l’achat du bien ? Envisageable selon un avocat

Enfin, des questions juridiques émergent. Certains copropriétaires s’estiment trompés, comme Clara, qui y avait acheté un logement entièrement rénové il y a presque 2 ans. Nous l’avions rencontrée en novembre. « J’en veux certes au propriétaire, mais je m’en veux également à moi-même, étant donné que je me suis dit j’aurais dû le voir. Alors que clairement, quand les colonnes sont comme ça, on ne voit rien. C’est impossible de voir », nous confiait-elle alors.

Selon Me Alessandro Marinelli, ces problèmes ne surgissent pas du jour au lendemain et une action pour vice caché est envisageable. « La personne qui a acheté dans le cas présent et qui se retrouverait donc peut-être avec une expertise favorable pourrait en arriver à obtenir la résolution de la vente, voire même son annulation. Par contre, elle ne doit pas tarder puisqu’il y a un délai d’un an de la prise de connaissance du vice », conseille l’avocat.

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