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Michel Lelièvre, ex-complice de Marc Dutroux, pourra sortir de prison

  • Le TAP accorde la libération conditionnelle à Michel Lelièvre

  • Michel Lelièvre, libéré sous conditions: comment assurer le suivi ?

 

Le Tribunal de l'Application des Peines (TAP) de Bruxelles a décidé, lundi après-midi, d'accorder à Michel Lelièvre sa libération moyennant certaines conditions. La principale est de trouver un logement dans les six mois à venir. S'il n'y parvient pas, la décision du TAP ne sera plus valable et l'intéressé devra réintroduire une nouvelle demande de libération. Michel Lelièvre avait été condamné en 2004 à 25 ans de prison pour son rôle actif dans l'affaire Dutroux.

La libération sous conditions a été accordée à Michel Lelièvre par le tribunal d'application des peines (TAP). Il sera effectivement libéré quand une preuve de logement sera présentée. "Il a des perspectives via des agences immobilières mais celles-ci doivent avoir la certitude qu'il pourra occuper le logement. Je ne vais pas donner de lieu précis, en tout cas ce sera loin des victimes", avait assuré son avocate Benjamine Bovy lors d'une audience du TAP le mardi 17 septembre. Parmi les conditions de sa libération, Michel Lelièvre ne pourra pas résider ou fréquenter le Brabant flamand, la province de Hainaut, la province de Liège, Saint-Gilles, Ixelles et "certains endroits" de la ville de Bruxelles. Il devra également entamer une formation ou travailler et ne pas commettre d'infractions. S'il n'a pas de logement dans les six mois, il restera en prison.

Le TAP estime qu'il "semble avoir changé, et qu'il est dans un état d'esprit constructif". "Pas de bracelet pour Michel Lelièvre, cela risquerait d'entraver sa réinsertion. Les conditions devraient permettre de réduire le risque de commettre des infractions et de protéger les victimes mieux que s'il sortait en fonds de peine", précise également le TAP.

"M. Lambrecks ne pouvait que le haïr"

Le TAP avait siégé le mardi 17 septembre à la prison d'Ittre, où est incarcéré Michel Lelièvre, pour examiner sa demande de quitter l'établissement pénitentiaire avec ou sans surveillance électronique. "On a demandé que M. Lelièvre puisse bénéficier d'une surveillance électronique ou d'une libération conditionnelle, au choix du tribunal. A la base, nous pensions surtout à la surveillance électronique mais, en cours de débat, la question de la libération conditionnelle a été posée de manière assez insistante et donc on en a parlé", avait précisé l'avocat Me Bovy.

Jean Lambrecks, le papa d'Eefje, était intervenu au début de l'audience du 17 septembre pour donner son point de vue. Devant la presse, il avait regretté de ne pas avoir été regardé ni avoir reçu un mot de la part de Michel Lelièvre. Il avait plaidé pour que le condamné reste enfermé jusqu'à la fin de sa peine. Mais selon Me Bovy, son client ne pouvait de toute façon pas adresser la parole aux victimes dans le cadre de la procédure: "Je crois que M. Lelièvre a tenté d'avoir l'attitude la plus respectueuse possible mais il a parfaitement intégré que M. Lambrecks ne pouvait que le haïr et il ne sait juste pas quelle attitude adopter". "Il a un suivi psychologique depuis des années et une psychologue en particulier a réussi à le bousculer. Il est éminemment conscient de tout le trouble et de toute la peine que sa libération pourrait infliger aux victimes et à la population. Mais il est détenu depuis 23 ans. Il y a un fond de peine qui arrivera; un jour Michel Lelièvre sortira, quoi qu'il arrive", avait rappellé Benjamine Bovy.

Pour son avocate, le Michel Lelièvre d'aujourd'hui n'est plus celui de l'époque des faits "abominables" qu'il a commis. Il sait qu'il trouvera difficilement un emploi à sa sortie de prison mais "il a réfléchi à son plan de formation dans un objectif rationnel" et espère seulement poursuivre sa vie "sans faire de vagues", avait ajouté Me Bovy.


Michel Lelièvre avait participé à l'enlèvement de Sabine, Laetitia, An et Eefje

Associé à jamais dans l'esprit de la population à Marc Dutroux, avec lequel il a collaboré pour l'enlèvement de Sabine, Laetitia, An et Eefje, l'homme a été condamné en 2004 par la cour d'assises d'Arlon à 25 ans de prison pour association de malfaiteurs, enlèvement d'enfants, séquestration et trafic de drogue. Il n'a été jugé coupable ni de viols ni d'assassinats.

Il se trouve derrière les barreaux depuis 1996 et arrivera donc en fin de peine en 2021 pour les faits relatifs à l'affaire Dutroux. Il peut demander une libération conditionnelle depuis 2005. En 2013, il avait introduit une demande de détention limitée pour pouvoir suivre une formation en menuiserie hors de la prison. Mais, face à la pression médiatique, l'association qui avait accepté de l'accueillir avait fait marche arrière.


Des sorties de courte durée depuis un an

Depuis 2018, il bénéficie du droit de quitter régulièrement l'établissement pénitentiaire d'Ittre pour une durée n'excédant pas 16 heures. En septembre 2018, sa demande de surveillance électronique avait été rejetée car il avait perdu le logement dans lequel il envisageait de s'installer.

Lorsqu'une personne est condamnée à une peine ferme de plus de trois ans, elle peut accéder à une surveillance électronique si elle se trouve dans les conditions de temps d'une libération conditionnelle, c'est-à-dire avoir subi un tiers de sa peine (15 ans pour les condamnés à une peine privative de liberté de 30 ans ou de perpétuité).

Marc Dutroux, condamné à la réclusion à perpétuité avec mise à disposition du gouvernement (le TAP aujourd'hui) pendant 10 ans, ne désespère pas non plus de quitter la prison. Vu ses faibles perspectives de réinsertion sociale, ses chances de sortie sont toutefois minces. Son ex-épouse Michelle Martin, que la cour d'assises d'Arlon avait condamnée à 30 ans de prison, a elle été libérée sous conditions en 2012.

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