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Sur l’image satellite de la centrale nucléaire de Tihange, issue d’un site de cartographie russe, la fumée d’une des tours de refroidissement est bien visible. Sauf que ce point de vue ne devrait pas être public. Nous ne devrions avoir accès qu’à une image floutée. Google Maps accepte de flouter les infrastructures sensibles des autres pays. Le site russe refuse.
Les images des domaines royaux sont donc accessibles en 2 clics. Mais ce qui pose le plus de problèmes, ce sont les infrastructures militaires. Les bases de Marche-en-Famenne, de Kleine-Brogel ou encore le Shape de l’OTAN sont clairement visibles, alors que la loi belge impose de les flouter.
Une loi que la Russie ne respecte pas. À l’heure où une guerre hybride se répand partout en Europe, sommes-nous face à une faille de sécurité ? « On est en face d’une faille de sécurité qui est de toute façon inévitable », remarque Alain de Nève, politologue. Il souligne la nécessité de la mettre en perspective : « Avec l’image en tant que telle, vous ne pouvez rien faire. Mais ce type d’image recoupée avec d’autres types de renseignement, ça peut éventuellement permettre de confirmer ou d’infirmer certaines informations ».
Recouper des informations sensibles, une méthode pour laquelle les services de renseignement russes sont réputés. Si la défense belge connaît l’existence de ce site internet, elle nuance son impact : « Nous préférons que les images satellites des bases soient floutées afin d’augmenter leur sécurité et cela même si leur localisation est connue. À notre connaissance aucune photo, détail ou information exploitable qui permettraient de commettre des actes malveillants ne se retrouve sur ce site ».
Pour autant, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire prend très au sérieux cette problématique : « Nous sommes au courant de la situation, nous avons entrepris des actions récemment afin de se conformer au plus vite. Les discussions sont en cours ».
Le contre-exemple de Google
Mais pourquoi discuter ? Est-ce aussi difficile de faire respecter la loi belge ? Avec la Russie, oui.
Prenons son contre-exemple, l’américain Google : hormis les sites sensibles, de nombreuses habitations sont floutées. Il suffit en réalité d’envoyer une demande à la plateforme qui les examine au cas par cas. Grâce à 1 clic, votre propriété n’est plus visible. En plus de cela, Google dit respecter les lois locales, c’est pour cela que les bases militaires belges sont protégées. Tout un processus que la Russie ne veut pas suivre. Et d’un point de vue juridique, il est très difficile de le lui imposer.
Tout doit se baser finalement sur des accords de coopération judiciaire entre pays
« C’est le problème de tous les types de plateformes qui sont basées à l’étranger », rappelle Guillaume Lys, avocat au Barreau de Bruxelles. « Tout doit se baser finalement sur des accords de coopération judiciaire entre pays. Dans ce cas, puisque la plateforme est localisée dans un État comme la Russie, on peut craindre qu’il n’y ait pas de coopération d’application judiciaire entre les deux États et que tout soit bloqué, si ce n’est peut-être une voie diplomatique qui pourrait faire sauter le verrou ».
Mais en attendant cette voie diplomatique, la vulnérabilité des infrastructures belges est-elle une fatalité ? « Il faut être vigilant mais il n’y a rien qui peut être protégé à 100 %, souligne Alain de Nève. On sélectionne évidemment les mesures que l’on prend. C’est toujours un choix politique qui est basé aussi sur les moyens. Et ces moyens ne sont pas infinis ».
Si les sites sensibles sont par définition vulnérable, les technologies actuelles rendent le problème encore plus difficile à régler. « À l’ère du numérique. Tout et tout le monde est vulnérable », martèle Alain de Nève.
Au XXIe siècle, la cybersécurité n’est plus une option : c’est une défense devenue indispensable.


















