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« C’est un gain financier » : Luc va pouvoir payer une partie de son électricité moins cher grâce à un projet d’ampleur inédite en Wallonie

Par Julie Duynstee
À Lasne, dans le Brabant wallon, une communauté d’énergie renouvelable (CER) va se créer cette année. Des habitants vont s’échanger de l’électricité à un prix plus avantageux. Comment fonctionne ce système ? Et quels sont les avantages ?

En raison de l’électrification massive de la société, notre réseau électrique est congestionné. Nos infrastructures doivent être modernisées et renforcées au plus vite. Face à cette saturation, la commune de Lasne, dans le Brabant wallon, a décidé d’agir à son échelle. Elle soutient la création d’une communauté d’énergie renouvelable (CER). Une initiative portée à l’origine par des citoyens et désormais appuyée par les autorités locales.

« Ce type de projet est indispensable pour pousser les citoyens à consommer différemment et soulager le réseau », indique Cédric Gillis, échevin de l’environnement et de l’énergie à la commune de Lasne.

Concrètement, comment fonctionne cette communauté ? Elle permet à des habitants équipés de panneaux photovoltaïques d’injecter leur surplus d’électricité dans un circuit local. « Les citoyens qui ont un surplus de production peuvent injecter leur énergie dans la communauté à un tarif plus intéressant que celui proposé par les fournisseurs habituels », explique l’échevin.

La création et le fonctionnement d’une communauté d’énergie renouvelable (CER) sont réglementés par une loi wallonne de 2023 qui découle d’une directive européenne. L’idée est de donner le droit à un consommateur de vendre son énergie excédentaire, c’est-à-dire l’énergie qu’il a lui-même produite et qu’il ne consomme pas. Le but est de favoriser l’utilisation des énergies vertes et délaisser les énergies fossiles. Ce genre de communauté ne peut exister qu’au niveau communal.

Cela crée un véritable cercle vertueux entre producteurs et consommateurs

Ce système solidaire profite aussi aux ménages qui ne produisent pas eux-mêmes d’électricité. « Les consommateurs qui n’ont pas de panneaux photovoltaïques peuvent acheter cette électricité locale à un prix également plus avantageux », ajoute Cédric Gillis. « Cela crée un véritable cercle vertueux entre producteurs et consommateurs, à l’échelle locale », souligne-t-il.

 Comment un prix moins élevé est-il possible ?

En résumé, le consommateur paiera l’électricité qu’il consomme sur la CER moins cher que celle qu’il consomme via son contrat avec son fournisseur d’électricité. Et le producteur vendra son surplus d’électricité plus cher que s’il le vendait à son fournisseur. Comment un prix moins élevé est-il possible ? C’est tout simplement parce qu’une CER est gérée par une asbl. Son but n’est donc pas de réaliser des bénéfices, contrairement aux fournisseurs d’électricité.

Évidemment, les participants à une CER gardent leur contrat avec leur fournisseur qui leur envoie une facture. Mais ils reçoivent également une deuxième facture pour l’électricité consommée via la communauté d’énergie.

Lasne est une des communes en Wallonie où il y a le plus de panneaux solaires par habitant. Une situation exceptionnelle qui favorise le développement de ce projet. Aujourd’hui, plus de 60 habitants en font déjà partie.

C’est le cas de Luc, qui se réjouit de pouvoir acheter de l’électricité à un prix plus attrayant : « En tant que locataire, je ne pouvais pas placer de panneaux solaires. Je vais donc chercher l’économie ailleurs puisqu’il y a surproduction auprès d’autres citoyens qui ont des panneaux solaires. C’est un gain financier ».

Au-delà de l’aspect financier, la commune de Lasne insiste sur l’objectif de lutter contre la saturation du réseau électrique. Changer les habitudes permet d’éviter au maximum les pics de consommation. « On pousse les citoyens à consommer davantage pendant les heures creuses en journée, entre 11h et 17h, lorsque la production photovoltaïque est la plus importante », explique l’échevin de l’énergie.

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Il y a également un avantage environnemental. « Cette initiative va inciter les citoyens à installer de nouveaux panneaux photovoltaïques et à utiliser davantage d’électricité verte », espère Cédric Gillis.

La commune participe elle-même à la CER et prévoit d’importants investissements. « En 2026, plus de 270 panneaux photovoltaïques seront installés sur la toiture du centre sportif de Lasne, pour une production estimée à 150 MWh par an », annonce l’échevin. Le surplus de cette production sera, lui aussi, injecté dans la communauté.

Ce projet à Lasne est inédit par son ampleur. « Il existe déjà d’autres communautés d’énergies renouvelables en Wallonie, à Durbuy et Aubange, mais avec très peu de citoyens. Ici, avec une soixantaine de membres, c’est quelque chose de nouveau », affirme Cédric Gillis.

Aujourd’hui, il existe toutefois un obstacle qui risque de freiner le développement de ce concept. Les principaux fournisseurs d’électricité imposent des « frais de comptage » aux participants de cette communauté. D’après la commune de Lasne, ils réclament une « somme variant de 80 à 150 euros », en fonction des entreprises. « Seul un fournisseur ne demande pas de payer ces frais. »

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