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« J’ai l’opportunité de travailler, je veux travailler. Mais c’est impossible, je suis bloquée », s’exclame Marie, demandeuse d’emploi. Ce qui la bloque, c’est l’absence de places en crèche. Maman d’un petit garçon d’un an et demi, elle a frappé à toutes les portes, en vain.
« Je pouvais signer un contrat, il était juste devant moi, mais malheureusement je suis coincée. On a essayé de téléphoner à une trentaine de crèches, je n’ai que des refus. Je me suis aussi inscrite sur plusieurs crèches en ligne, dont l’ONE, mais là aussi je n’ai que des refus », témoigne la jeune maman.
Chaque euro compte
Le 31 mars, son chômage s’arrête. Il faudra tenir jusqu’en septembre, quand son fils fera sa rentrée à l’école. D’ici là, chaque euro compte : « Comment va-t-on faire avec un seul salaire ? Ça va être compliqué. On calcule, on met déjà de côté. On fait en sorte que ça puisse fonctionner pendant ce laps de temps », explique Marie.
À Châtelet, nous rencontrons Julien. Boucher de métier, il enchaîne les missions d’intérim et les contrats à durée déterminée. Le chômage complétait les périodes creuses. En mars, ce filet de sécurité disparaîtra. « Voilà… Tout s’arrête. Fini. Peut-être que certains sont au chômage depuis des années, n’ont jamais travaillé ou n’ont peut-être pas de diplôme. Mais moi j’ai un diplôme entre les mains et je ne trouve pas de boulot », déplore Julien.
Les métiers en pénurie
Quand on lui parle des métiers en pénurie, Julien rétorque : « Pour les métiers en pénurie, ce n’est pas tant que ça une solution. Les gens préfèrent employer des petits jeunes qui ne coûtent pas trop cher à la production. »
À 30 ans, ce papa s’inquiète pour l’équilibre de sa famille. Le supermarché où il travaillait a fermé. Aujourd’hui, il lance un appel aux employeurs : « Il faudrait que les patrons voient les choses différemment et qu’ils comprennent que beaucoup de gens vont être rayés de la liste, dont mon cas. Et je n’ai plus besoin d’intérim. malheureusement, je dois absolument trouver un contrat sûr. »
« J’ai toujours été actif »
Simon, lui, est en formation. Il perdra aussi ses allocations le 31 mars. « Le fait d’utiliser le mot chômeur est quelque chose qui me blesse quelque part. Pourquoi ? Parce que j’ai un peu honte d’être à charge du système », confie Simon. Ce demandeur d’emploi : « J’ai toujours été actif, j’ai eu ma place, mais on se sent vite hors. »
Ancien cadre logistique, 30 ans de carrière, il perd son emploi pendant la période du covid. Il enchaîne ensuite les missions à l’étranger. Mais depuis un an, malgré un CV bien rempli, les portes restent closes. À 58 ans, il est convaincu que son âge le pénalise : « Je ne suis pas plus stupide qu’un autre. Je n’ai pas de ‘gros handicaps’. Je suis trilingue avec des notions d’allemand. Donc cherchez l’erreur », se désole-t-il. « Mais par contre, je dois travailler jusqu’à 67 ans. »
Entre soulagement et inquiétude
Dernière rencontre avec Gisèle, une demandeuse d’emploi que nous avions suivie début octobre. Elle devait perdre ses allocations en janvier. Bonne nouvelle : elle continuera à percevoir 1.200 euros par mois jusqu’à fin août, car elle se forme à un métier en pénurie. Un soulagement, mais l’inquiétude reste malgré tout : « Oui j’ai toujours le stress de ne pas trouver, ça c’est sûr. J’aimerais bien dans les écoles surtout. »
Derrière ces parcours différents, une même réalité : l’angoisse de l’après. À quelques semaines de la fin des allocations, chacun tente de tenir, de rebondir, de croire encore à une solution. Mais pour tous, le temps presse.















