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« Il a suffoqué et hurlé pendant plus de 2h30 » : l’immense colère de Morgane, abandonnée face à l’agonie d’un chat à Charleroi

par Lucas Fu
Alors que Morgane tente de sauver un chat errant à l’agonie, la Carolo se heurte à une situation kafkaïenne dans laquelle police, vétérinaires et SRPA se renvoient la balle. Elle raconte cette soirée infernale qui l’a poussée dans ses derniers retranchements.

C’est un dimanche soir que Morgane, aide-soignante de 30 ans, n’oubliera jamais. Alors qu’elle rentre du travail vers 20h20, à Charleroi, elle aperçoit une masse sombre sur la route, rue de Pittsburgh. C’est un chat. Il est vivant, mais dans un état atroce.

« Il tournait sur lui-même, il avait un oeil qui ressortait », décrit-elle. Habitant à 300 mètres à peine du lieu de l’accident, Morgane rentre rapidement s’équiper avant de revenir. « Je prends un essuie et je le ramasse. Je le dépose sur mes genoux », raconte-t-elle, la voix nouée. Malheureusement pour la jeune carolo, cet acte signe le début d’un calvaire de plus de deux heures.

Pendant que l’animal suffoque sur ses jambes, Morgane et son compagnon Nicolas entament une course contre la montre. « Vous auriez entendu la détresse respiratoire de l’animal… », lance-t-elle. L’aide-soignante sonne aux portes, dans l’espoir de trouver son maître, en vain. Elle appelle plus de 20 vétérinaires dans la région de Charleroi. La réponse ? Le silence ou le refus. « Au moins 10 n’ont pas répondu. Pour les autres, on me disait que ce n’était pas possible, ou que c’était possible mais qu’après 22h30. »

Ils nous ont raccroché au nez

Désespérée, elle contacte la SPA, mais personne ne lui répond. Toutefois, le répondeur la renvoie vers la police. Mais après un bref espoir, elle se heurte à nouveau à un mur. Une première opératrice lui indique d’abord envoyer une unité la rejoindre sur place. Quelques minutes plus tard, un autre homme « désagréable », lui indique qu’il est interdit pour un combi de transporter un animal, et l’invite à contacter un vétérinaire. « Ils nous ont raccroché au nez alors que je leur demandais si je devais rester là avec l’animal mourant sur moi », se désole l’aide-soignante.

Avec son compagnon et un voisin, Morgane a appelé énormément de numéros, sans grand succès.
Avec son compagnon et un voisin, Morgane a appelé énormément de numéros, sans grand succès.
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Après 1h30 de recherches, en pleurs, Morgane finit par trouver une oreille attentive : une vétérinaire de Leernes qui lui donne un numéro à appeler, mais là, encore, personne ne décroche. « Ça fait plus de deux heures que le chat se vide dans ma voiture. Mon manteau est couvert de sang », déplore Morgane, prise par l’émotion.

Cette dernière vétérinaire décide finalement de prendre en charge l’urgence. À 22h30, le diagnostic tombe : traumatisme crânien, œdème cérébral, paralysie totale du bas du corps. Morgane a dû payer elle-même l’euthanasie pour abréger les souffrances de l’animal. « Il a souffert, suffoqué et hurlé plus de 2h30. Comment, en 2026, on peut laisser des animaux souffrir ainsi sans aucune solution ? »

« J’ai eu l’impression de parler à des sourds toute la soirée, je me suis sentie inutile, je ne savais plus quoi faire. J’étais dans tous mes états. J’ai même dit à un vétérinaire, il faut changer de métier, il faut devenir dentiste. Ils n’avaient aucune humanité. C’était difficile pour nous mais surtout difficile pour le chat. »

Le rôle central de la commune

Pourtant, sur papier, tout est prévu. Le cabinet de Babette Jandrain, échevine du Bien-être animal à Charleroi, précise que des procédures strictes existent. Pendant les heures d’ouverture, la SRPA de Charleroi prend en charge les animaux errants blessés.

En dehors de ces heures, le citoyen doit appeler le service d’intervention de la police (071/21.03.33). Les agents doivent soit transporter l’animal, soit fournir un numéro d’intervention au citoyen à transmettre à un centre vétérinaire conventionné avec la ville. Il semblerait donc que la police de Charleroi n’ait pas rempli son rôle ce triste dimanche soir. « La Ville de Charleroi est donc bien conventionnée pour ce genre de prise en charge à toute heure. La police a bien connaissance de ces procédures », assure le cabinet de Babette Jandrain.

« Je ne peux que déplorer cette situation car tout est mis en œuvre à Charleroi pour la gestion des animaux errants », réagit l’échevine, qui promet de faire un rappel ferme des procédures à la police.

Un problème structurel

Pour Marcel Renard, de l’Union Professionnelle Vétérinaire (UPV), le problème est structurel. S’il reconnaît que la responsabilité des animaux errants incombe légalement au bourgmestre, il pointe la difficulté des gardes.

Lorsqu’il est en danger de mort, il faut assumer

« On nous fait le procès du mauvais cœur, mais il y a un problème de disponibilité en soirée et de rémunération », explique-t-il. Selon lui, les nouvelles générations de vétérinaires privilégient leur vie privée, et sans convention claire avec la ville (comme cela existe à Liège ou Seraing), les praticiens privés ne peuvent pas toujours assumer seuls ces urgences vitales sans garantie de paiement.

« Des rôles de gardes doivent être établis et ils doivent assumer l’animal. Lorsqu’il est en danger de mort, il faut assumer », estime-t-il. Malheureusement, cette histoire « se répète souvent », lance Marcel Renard.

Code déontologique des vétérinaires

Pour Sébastien De Jonge, directeur des opérations chez Gaïa, le témoignage de Morgane est la preuve d’un fossé immense entre les discours politiques et la réalité. « C’est totalement inacceptable. Les communes ont l’obligation de prendre des mesures. La plupart se lavent les mains et tout le monde se renvoie la balle », s’insurge-t-il. Pourtant, Sébastien souligne que les vétérinaires sont censés adhérer à un code de déontologie qui les oblige à soigner un animal en danger de mort. « Certains vétérinaires ont la sensibilité et font le job, mais ils n’ont pas d’obligation légale et on se heurte souvent au problème d’honoraires », relativise-t-il.

Pourtant, un système a déjà fait ses preuves, comme à Namur, où une convention avec un vétérinaire désigné permet une prise en charge immédiate. « Quelqu’un qui trouve un animal peut aller directement chez ce vétérinaire-là qui pourra le soigner et/ou lui trouvera une place en refuge», explique l’activiste de Gaïa.

« On ne parle pas de budgets énormes, c’est une question de volonté. Humainement, pour la personne et pour l’animal, c’est une situation dramatique qui ne devrait plus exister », martèle Sébastien De Jonge. Il rappelle que la loi est très claire : celui qui trouve un animal errant doit pouvoir compter sur la commune.

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