Accueil Actu Magazine Hi-Tech

Dans les coulisses de Xiaomi : comment le N3 mondial du smartphone est devenu un fabricant… d’usines ?

par Mathieu Tamigniau (à Pékin)
Xiaomi nous a ouvert les portes de sa nouvelle usine ultra‑automatisée. Elle y fabrique ses smartphones, bien sûr, mais elle mise aussi sur des moyens de fabrication « souples », qui sont vendus clé en main à d’autres entreprises. Le numéro 3 mondial du smartphone veut réinventer l’usine technologique… et s’imposer bien au‑delà du mobile.

Derrière Apple et Samsung, comme dans de nombreux domaines de l’industrie depuis quelques années, de nombreuses entreprises chinoises ont rattrapé leur retard logiciel, revu leur copie marketing et communication, et n’ont désormais plus aucun mal à séduire les clients occidentaux. Dans le domaine de l’électronique grand public, Xiaomi est LE géant mondial qui inonde le marché d’appareils de bonne qualité (et même de très bonnes voitures électriques, à en croire ceux qui ont pu l’essayer en Chine). J’ai eu l’opportunité de visiter une de leurs usines à Pékin, et de discuter avec les ingénieurs qui ont développé l’appareil photo du prochain smartphone phare de l’année de Xiaomi.

Devant l’entrée de la nouvelle usine située au nord de Pékin
Devant l’entrée de la nouvelle usine située au nord de Pékin - RTL info

Un fabricant… d’usines ?

Il y a deux ans, j’avais visité la Digital City de Samsung, l’un des sites du géant coréen près de Séoul, où travaillent des milliers d’ingénieurs, sur des centaines de futurs produits. La vision est de Xiaomi est un peu différente, mais elle n’en est pas moins ambitieuse. C’est également une boîte de tech et d’ingénieurs, sans aucun doute. La preuve ? L’usine de smartphone flambant neuve qui est opérationnelle depuis quelques mois à quelques kilomètres au nord de Pékin, dans une zone industrielle de la taille du Brabant wallon. Au-delà de la traditionnelle chaîne d’assemblage de smartphones, assez identique à celle que Huawei m’a montrée il y a 10 ans à Shenzhen (dans le sud de la Chine), c’est l’usine elle-même qui est devenue complètement smart. À tel point que Xiaomi, au-delà d’un déploiement interne pour ses nombreux produits électroniques, vend son concept « Hyper Intelligent Manufacturing System » à d’autres fabricants, car il a trouvé le moyen de combiner des modules d’assemblage adaptatifs, personnalisables, modifiables. Des sortes de briques de Lego permettant, je schématise, à n’importe qui de fabriquer n’importe quoi. L’entreprise s’est présentée elle-même comme « a manufacturer of manufacturers » (un fabricant pour les fabricants), et elle peut ajouter à son palmarès la fabrication récente d’une usine de voitures Xiaomi – car oui, en Chine, on croise beaucoup de SU7 et YU7. Bref, Xiaomi est plutôt doué pour fabriquer des choses, à tel point qu’il vend son expertise.

Une partie de la ligne d’assemblage de smartphone, chaque ligne avoisinant les 100 mètres
Une partie de la ligne d’assemblage de smartphone, chaque ligne avoisinant les 100 mètres - Xiaomi

À l’intérieur d’un module, de la robotique de pointe
À l’intérieur d’un module, de la robotique de pointe - Xiaomi

Roi de la productivité

Je le disais, les nouvelles usines de Xiaomi sont « souples ». Mais avec quel avantage concret ? « Avant, pour changer de projet (comprenez : assembler un nouveau modèle de smartphone, par exemple), il nous fallait une semaine de reconfiguration de la chaîne. Avec l’IMP, il ne faut que 10 heures », nous a expliqué un représentant de l’usine lors de la visite. À cette souplesse inédite, vous ajoutez un centre de contrôle digne de la NASA, qui monitore chaque produit assemblé et chaque module servant l’assemblage (« intervention sur une panne en 3 minutes », dit-on fièrement du côté de Xiaomi), et vous avez, probablement, ce qui se fait de mieux en termes de productivité.

La « tour de contrôle » de l’usine, un écran géant manipulable avec plusieurs ordinateurs
La « tour de contrôle » de l’usine, un écran géant manipulable avec plusieurs ordinateurs - Xiaomi

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur le site de Pékin que j’ai visité, qui fait 81.000 mètres carrés (l’équivalent de 10 terrains de football avec tribunes) sur 3 étages, 10 millions de smartphones sont produits chaque année, soit 1 toutes les 6 secondes. « Une ligne d’assemblage traditionnelle, c’est 600 mètres de long (au total), avec 450 ouvriers : elle produit environ 300 smartphones par heure. Et maintenant regardez la nôtre : seulement 310 mètres, mais une production de 600 unités par heure, avec 220 travailleurs », nous a expliqué Xiaomi lors de la visite.

Même s’il y en a moins, les ouvriers sont encore nécessaires
Même s’il y en a moins, les ouvriers sont encore nécessaires - Xiaomi

Notamment pour des vérifications visuelles sur les écrans
Notamment pour des vérifications visuelles sur les écrans - Xiaomi

N3 Mondial

Sans nul doute, cette expertise dans la fabrication, tellement poussée qu’elle est « vendue » par Xiaomi, permet à l’entreprise de dépasser largement tous les concurrents chinois actuels, même si on se limite au smartphone (qui n’est qu’une partie du large catalogue de l’entreprise). Selon des chiffres récents, Apple et Samsung (environ 19 % de part de marché mondiale chacun) restent largement devant Xiaomi (13,1 %), mais ce dernier dépasse facilement les autres fabricants de la liste du top 10, tous chinois, comme Oppo, Vivo, Honor ou Lenovo/Motorola (entre 5 et 8 %).

Contenus sponsorisés

À la une

Les plus lus