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Home Vision et son concept photovoltaïque: le cauchemar de centaines de Wallons

 
 

Comme beaucoup de sociétés actives dans le photovoltaïque, Home Vision est au bord du gouffre. Et avec elle, des centaines de familles qui ont fait confiance à son concept "Le photovoltaïque à 0 €". La crise des certificats verts en Wallonie ne serait pas la seule responsable. L'entreprise, placée sous administration judiciaire, aurait été mal gérée et, selon un avocat, le patron se serait même servi largement dans les comptes. Plusieurs audiences au tribunal du commerce de Liège doivent se tenir dans les mois à venir. Les droits de nombreux clients y seront défendus. En attendant, Maryline, Benjamin et Jean-Luc, trois victimes, témoignent pour RTLinfo.be.

Le système des certificats verts (CV) wallons est en crise, victime de son succès (voir encadré). Et avec lui, c'est tout un secteur qui souffre: celui du photovoltaïque. Beaucoup de sociétés connaissent d'importantes difficultés financières et donc aussi, par ricochet, des centaines voire des milliers de leurs clients. C'est le cas de Home Vision et des 2600 personnes qui ont fait confiance à cette firme et son slogan "Photovoltaique à 0 €". Des familles entières, des retraités isolés et même des chômeurs se retrouvent acculés. Tous les mois, ils doivent se débrouiller pour verser plusieurs centaines d'euros à leur banque. La société, elle, est placée sous administration judiciaire. Quant à son patron, monsieur Cacciatore, il se serait servi dans les caisses à hauteur de 1,8 millions d'euros, selon un avocat qui défend la cause de nombreux clients lésés.

Certificats verts et soleil d'Italie: un "miracle économique"

La société Home Vision est basée à Thimister en province de Liège. Grâce à ses différentes formules de tiers-payant alléchantes, elle a su séduire le client soucieux de produire sa propre électricité à moindre frais.

Dans un premier temps, elle a adopté le système classique commun à toutes les entreprises pratiquant le tiers-payant. On propose une installation photovoltaïque au futur client en l'assurant qu'il n'aura rien à débourser. Il doit simplement se rendre à la banque et y souscrire un emprunt en son nom afin de couvrir les frais de l'installation. Il s'engage également à céder à l'entreprise ses droits sur les CV qu'il percevra. En échange, l'entreprise s'engage à lui verser une rente mensuelle censée couvrir le montant de la mensualité à rembourser à la banque plus un léger bonus. En théorie donc, le client obtient une installation "gratuite", devient autonome en électricité et ne paye donc plus de facture. De plus, il ne doit pas s'occuper de la gestion des CV qu'il a cédés à la société dont le bénéfice se fait sur l'installation photovoltaïque et sur la revente des CV.

Fin 2012, l'offre était devenue encore plus intéressante. "Auto électrique et photovoltaïque pour 0 €" titrait alors un quotidien régional. En partant du même principe décrit ci-dessus, Home Vision affirmait cette fois permettre à sa clientèle d'acquérir une installation photovoltaïque et une voiture électrique, une Renault Zoé pour être exact. Bien entendu, on garantissait au client qu'il n'aurait rien à débourser. Pour réaliser ce "miracle économique", Home Vision aurait tout simplement tourné les yeux vers l'Italie, là où le soleil brille bien plus que chez nous. Explications.

Le futur client devait emprunter de l'argent auprès de sa banque pour financer non pas une, mais bien deux installations photovoltaïques. On lui proposait également d'emprunter, dans le même emprunt, de l'argent pour l'achat de la voiture électrique. La première installation serait placée sur son toit, lui permettant d'être autonome en électricité et de générer des CV qu'il devrait céder à Home Vision. La seconde installation serait placée sur un toit, quelque part en Italie. En aucun cas, cette dernière n'appartiendrait au client qui l'avait financée. Elle ne serait là que pour permettre à Home Vision de faire plus de bénéfices par le biais d'Enel, le pendant italien d'Electrabel. Ce dernier, affirmait-on au futur client, se serait engagé à racheter l'électricité verte produite en Italie à un prix fixe pour une durée de 20 ans. L'argent gagné en Italie par Home Vision permettrait alors à la société liégeoise de verser une rente mensuelle au client, toujours agrémentée d'un bonus. Home Vision lui installerait également une borne de rechargement personnelle pour la Renault Zoé. Fini les donc les frais de carburants!

Dans sa dernière formule de tiers-payant, le client pouvait se contenter du système italien sans s'engager dans l'achat d'un véhicule.

Tout le monde devait y gagner. En théorie…

 

Rien ne va plus

C'est en juillet 2013 que les choses ont commencé à se gâter pour les clients de Home Vision. La société ne leur avait pas payé leur mensualité. Inquiets, ceux-ci se sont tournés vers l'entreprise qui a d'abord invoqué un problème informatique, leur garantissant que tout allait bientôt rentrer dans l'ordre. Mais lorsqu'en août et en septembre, les mensualités ne sont toujours pas arrivées, les clients sont devenus très inquiets. Car les traites à payer à la banque, elles, continuaient à affluer.

De nombreuses discussions ont vu le jour sur des forums internet. "Avez-vous été payés par Home Vison?" "Avez-vous touché vos mensualités?" "Home Vision ne paye plus", pouvait-on y lire. Ils étaient nombreux à ne plus percevoir d'argent et, déjà, l'entreprise ne répondait plus vraiment à leurs appels téléphoniques.

Le 2 octobre, le couperet tombe: Home Vision est placée sous la garde de maître Grondal, un administrateur judiciaire. Dès le 6 octobre, il envoie un courrier à tous les clients. Il y parle des "difficultés de trésorerie" que connaît l'entreprise. Il leur propose de faire un choix. Soit ils "continuent à leur accorder leur confiance" en échange d'une partie d'une des mensualités dues. Soit ils peuvent mettre fin au contrat qui les lient à Home Vision et ce, sous certaines conditions.

Souhaitant recevoir un conseil sur l'attitude à adopter, beaucoup d'entre eux se sont alors tournés vers l'ABSL Touche pas à mes certificats verts , TPCV pour les intimes. Forte de 11.500 membres, un chiffre en constante augmentation depuis sa création en avril 2013, l'association de défense de propriétaires de panneaux photovoltaïques a organisé deux réunions d'informations auxquelles quelques 300 clients de Home Vision ont assisté.

Certains vivent un véritable calvaire au quotidien. "Selon nos chiffres, il y aurait au moins 120 clients qui, non seulement ne perçoivent plus de mensualités, mais en plus, n'auraient jamais reçu leur installation photovoltaïque. Et comme Home Vision plaçait beaucoup de panneaux via une intégration dans la toiture, certains vivent avec un toit bâché depuis des mois. De l'eau s'infiltre même dans leur charpente", nous confie Régis François, le président de TPCV.

Durant ces réunions, les clients lésés ont pu recevoir les conseils de maître François Etienne, un avocat associé du cabinet Boplaw à Namur. Familier de ce type d'affaires juridiques, maître Etienne représente de nombreuses familles dans des litiges les opposants à des sociétés pratiquant le tiers-payant dans le secteur du photovoltaïque. Il a d'ailleurs obtenu tout récemment un jugement favorable dans une affaire contre la firme Solar and Co. Le tribunal de commerce de Liège a estimé que les clients qui ne recevaient plus leurs mensualités de la part de cette société devaient récupérer la propriété de leurs CV qu'ils avaient préalablement cédés par contrat.

Une décision qui pourrait bientôt faire jurisprudence.

Des pratiques douteuses

En charge de plusieurs dossiers concernant Home Vision, maitre Etienne estime que cette entreprise a fait preuve de graves manquements dans la gestion de son business. Il n'hésite d'ailleurs pas à nous parler de véritable "système à la Madoff".

"Cette société a manqué de prudence et payait les mensualités de ses clients avec les bénéfices faits sur la vente de nouvelles installations. Quand les gens ont pris peur suite aux annonces faites par le gouvernement wallon sur l'avenir des CV, ils ont eu beaucoup moins de nouveaux clients. Ils n'avaient plus de rentrées de cash. De plus, pour faire de l'argent sur les CV que leurs clients déjà installés leur avaient cédés, il était nécessaire qu'ils revendent ces CV. Hors, la majorité des clients n'ont pas rentré leurs index (relevées de compteur) depuis 2012. Et ils ne l'ont pas fait car on ne leur a rien demandé",  nous détaille-t-il.

Il ajoute que Home Vision a fait signer des contrats aberrants à de nombreux clients. "J'ai deux clients qui ont choisi de faire placer la même installation et il leur a été facturé deux montants différents de plusieurs milliers d'euros. Il m’a également été rapporté qu’une personne âgée de 79 ans si je me souviens bien, aurait signé un contrat de 60.000 euros. Les économies de toute une vie. Son installation n'a jamais été placée", nous raconte-t-il.

Et même les personnes qui n'en avaient pas vraiment les moyens n'ont pas été épargnées. "Je connais un monsieur qui est au chômage et qui touche 1.300 euros par mois. En se basant sur les mensualités que devait lui verser Home Vision, la banque lui a accordé un crédit pour financer son installation. Il doit rembourser 500 euros par mois à l'organisme bancaire et ne reçoit rien de Home Vision", nous confie-t-il.

Mais ce n'est pas tout.

De l'argent aurait disparu des caisses de Home Vision

Pour Maître Etienne, de grosses sommes auraient été retirées des comptes de l'entreprise constituerait une des raisons pour lesquelles elle aurait été placée sous administration judiciaire.

"Il y a eu d'importants manquements, voir des détournements de la part de monsieur Cacciatore (patron de Home Vision). On aurait sorti des dividendes d'un montant de 1.500.000 euros fin 2011 et selon maître Grondal, il y aurait un compte courant de 1.800.000 euros dans le chef du gérant. C'est-à-dire qu'il aurait ponctionné 1.800.000 à la société", nous révèle-t-il.

Et d'ajouter: "Maître Grondal, qui est désormais l'administrateur judicaire de Home Vision, voire l’éventuel curateur devront déposer plainte pour abus de bien sociaux à l'encontre du gérant. Je pense que maître Grondal souhaite récupérer cet argent pour régulariser la situation des clients qui ont payés leur installation mais ne l'ont pas encore reçue."

Justice: une première audience le 28 novembre prochain

Une première audience concernant la plainte de clients contre Home Vision se tiendra au tribunal du commerce de Liège le 28 novembre prochain. Les dossiers d'autres clients seront introduits au cours d'autres audiences prévues notamment les 4 et 11 décembre prochains.

Maryline, son crédit  et sa voiture électrique

Pendant ce temps, les familles lésées continuent à souffrir financièrement. C'est le cas de Maryline. Elle avait contracté une première fois avec Home Vision en 2010. Très contente des services de la société, elle avait décidé en septembre 2012 de conclure un nouveau contrat. Le système à l'italienne qui lui permettrait de rouler en voiture électrique. "Cela fait maintenant des mois que Home Vision ne paye plus les mensualités. Je rembourse donc mensuellement près de 700€ pour des panneaux et un véhicule électrique que je n'ai pas reçu", nous a-t-elle écrit via notre page Alertez-nous . Une voiture que Maryline n'est pas prête de recevoir. Bien qu'on lui ait affirmé que sa voiture n'est pas arrivée suite à un problème au niveau du constructeur français, la raison est toute autre. Selon nos informations, seuls deux véhicules auraient été payés et livrés par Home Vision. Pour tous les autres, il n'y aurait même jamais eu d'acompte déposé.

Maryline va par contre devoir continuer à payer sa banque durant les 9 prochaines années. Depuis le courrier collectif envoyé à tous les clients début octobre par l'administrateur judiciaire, Maryline n'a plus été tenue informée de l'évolution de la situation.

Jean-Luc: "Ils ne vont plus chercher les mises en demeure"

Jean-Luc aussi ne perçoit plus les mensualités dues par Home Vision. Et lui aussi doit rembourser un crédit. Ce sexagénaire originaire de Wavre a fait placer son installation en 2012. Pour cela, il a emprunté 21.000 euros en son nom propre. Pour lui les problèmes ont débuté en juin 2013. A force de "rouspéter", il a réussi à obtenir un versement. L'équivalent d'une seule mensualité et versée avec deux mois de retard. 

Malgré les mises en demeure, il n'a plus rien touché. "J'ai envoyé une seconde mise en demeure fin septembre et ils ne sont même pas allés la chercher à la poste. Je le sais car la poste ne pas remis d'accusé de réception. De plus, sur le site de bpost, mon courrier est toujours mis sous le statut "en attente", nous explique-t-il.  Jean-Luc doit encore rembourser 420 euros par mois durant 18 mois. Tout comme Maryline, personne ne l'a informé de ce qui l'attend dans l'avenir.

La maison de Benjamin prend l'eau

Benjamin aussi a fait confiance à Home Vision. En 2012, ce célibataire de 33 ans a fait l'achat d'une maison à rénover à Ougrée. Il a décidé de se lancer dans l'aventure du photovoltaïque. "J'ai signé en février 2013 pour une installation de 20 mètres carrés sur mon toit et l'équivalent en Italie. J'ai également opté pour l'achat du véhicule électrique étant donné que ma voiture a déjà 16 ans", nous raconte-t-il.

Etant donné qu'il était en train de refaire son toit, son toiturier lui a proposé de laisser 20 mètres carré sans tuiles pour intégrer les panneaux photovoltaïques. Mais le professionnel l'avait averti: exposer ainsi la sous toiture ne devait être qu'une solution temporaire. Un mois ou deux tout au plus.

A ce jour, Benjamin n'a toujours rien, ni panneaux, ni auto. Et pour couronner le tout, sa maison prend l'eau. "Home Vision est simplement venu placer une bâche à la va-vite. Mais désormais toute ma charpente est mouillée. Et je me retrouve à rembourser un prêt de 400 euros par mois pendant 10 ans. Heureusement, j'ai encore mes parents qui peuvent m'héberger", nous confie-t-il encore.

Désormais, Benjamin n'a qu'une seule ambition. Récupérer les 35.000 euros qu'il a payés à Home Vision. "Moi je prends un avocat pour  être remboursé. Je ne veux plus rien savoir. Je veux fermer mes 20 mètres carrés de toit et ne plus entendre parler de photovoltaïque ou de certificats verts", termine-t-il.

Quel avenir pour Home Vision et ses clients?

Lorsque la mission d'administrer Home Vision a été confiée à maître Grondal début octobre, celui-ci avait 15 jours pour se prononcer sur la viabilité de l'entreprise. Si sa mission a été reconduite, c'est probablement que, selon lui, celle-ci peut se encore se relever. Nous avons essayé de le joindre à plusieurs reprises. Une secrétaire nous a fait comprendre que maître Grondal ne répondait pas aux journalistes.
Plus tard, en insistant, nous sommes tombés sur le message préenregistré d'un répondeur téléphonique. "Nos lignes téléphoniques sont actuellement trop encombrées pour pouvoir vous répondre. Si vous appelez concernant Home Vision, nous vous prions de nous contacter uniquement par voie postale. Sinon, vous pouvez laisser un message sur ce répondeur téléphonique."

Maître Etienne, par contre, a un avis bien tranché quant au devenir  de la société. "Je crois qu'on se dirige vers la faillite. Et en quelque sorte, je l'espère car dans ce cas, Home Vision devrait, par contrat, rendre la propriété des CV à ses clients", nous affirme-t-il.

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Jessalynn Foucart




 

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